Du 6 juillet au 12 octobre 2008, le Frac des Pays de la Loire
invite l'artiste Tatiana Trouvé à investir la salle Jean-François
Taddei.
Après avoir passé son enfance à Dakar, Tatiana
Trouvé poursuit ses études d'art aux Pays-Bas et à
la Villa Arson de Nice. En 2007, elle reçoit le Prix Marcel Duchamp
et réalise plusieurs expositions personnelles importantes (Palais
de Tokyo, MAC/VAL, Villa Arson et Galerie Emmanuel Perrotin Miami).
En 2008, elle est invitée au Centre Georges Pompidou.
Elle est représentée par la Galerie Emmanuel Perrotin
à Paris et Miami, la Galerie Almine Rech à Bruxelles et
la Galerie Johann König à Munich.
Opérant principalement par installations, Tatiana Trouvé
se consacre à partir de 1997 à une seule œuvre, le
Bureau d'Activités Implicites (BAI), ensemble
modulaire comparable à un corps qui ne cesse de se modifier par
sa croissance et ses altérations. Composé de différents
Modules dédiés chacun à une activité spécifique,
le B.A.I. se propose de structurer à la fois la genèse
et la mémoire des occupations de Tatiana Trouvé et, pour
cela, inventorie, classe, codifie, réorganise tous les actes
et pensées de l'artiste. Les Modules « sont des lieux
de travail et de concentration dont on ne sait précisément
si la fonction consiste à recenser ou à produire les pensées
ou les traces de l’activité de l’artiste –
comme si la genèse en constituait également l’horizon. »
Plusieurs éléments articulent ce fonctionnement organique :
un module administratif, une matrice à fantômes, des archives,
une cellule de sable, un module à titres, un module à
réminiscence, un module des lapsus, un module d’attente,
un module de grève…Le vocabulaire formel de l’ensemble
tient à la fois de l’esthétique administrative et
de l’économie du fait main : au désordre de
l’esprit ou aux mystères de l’inconscient se substituent
des sculptures aux composants plus ou moins surréalistes, assez
low-tech, dont l’assemblage apparaît paradoxalement comme
très rigoureux.
Depuis 2006, Tatiana Trouvé développe également
des maquettes de "lieux implicites" dénommés
Polders, qui se différencient des Modules dont la taille environne
les 1,50m par une échelle réduite correspondant à
la taille d’un enfant. Eléments enfouis de la mémoire
qui font surface, à l’image des polders des Pays-Bas, zones
côtières endiguées pour dérober les terres
à la mer, « ces espaces en réduction restent
énigmatiques parce que composés d’éléments
faisant référence à des univers hétéroclites :
de plus, leur changement d’échelle, optique, s’accompagne
systématiquement de la redéfinition d’une logique
d’espace. » Excroissances ou colonies mentales, greffes
architecturales, les Polders sont posés à même le
sol ou fixés au mur, peuvent se nicher dans les recoins d'une
pièce ou venir se placer au milieu de celle-ci. Départements
autonomes du B.A.I, ils agissent de concert avec les Modules
pour produire des fictions d’activité, confirmant une certaine
autonomie de l’œuvre par rapport au lieu d’exposition.
Le visiteur se voit donc confronté à une gigantesque entreprise
de fiction, d’autofiction, où l’artiste intériorise
et reproduit les mécanismes administratifs à l’échelle
individuelle afin de les exorciser. Oscillant toujours, dans le grand
labyrinthe mémoriel et spatial qu’elle ne cesse d’enrichir
en combinatoires, entre récit individuel et inconscient collectif.
Texte
: Eva Prouteau
lien Internet :
http://www.galerieperrotin.com