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Les chaussures de lait I, 2002, ed. 2/5, 92 x 122 cm
photographie couleur c-print, plastification mate, marouflée sur
aluminium, chassis bois, © ADAGP
Figure
majeure d’une photographie tour à tour qualifiée de
plasticienne et/ou de néo-objective, Patrick Tosani a développé,
depuis maintenant une vingtaine d’années, une œuvre
aussi étrange que fascinante, une œuvre toute entière
fondée sur une analyse rigoureuse des ressources constitutives
du médium photographique. L’artiste y revendique l’emploi
“des moyens les plus objectifs de la photographie : la précision,
la frontalité des prises de vue, la netteté, la couleur,
l’agrandissement” pour mieux interroger la force de l’image
et mieux transformer la manière dont le spectateur est appelé
à regarder des “vrais” objets banals (des cuillères,
des talons, des vêtements) et récemment des “vrais”
regards.
Les séries montrées au Frac apparaissent comme le prolongement
d’un questionnement du corps qui en devenant image avait acquis
le statut d’objet parmi d’autres. évoqué dans
les Portraits “en braille” (1985), déformé avec
les Ongles (1990) démesurément agrandis et enchâssés
dans la blancheur d’un contrechamp, le corps est découpé
avec les “Têtes vues du dessus” (1992) ou avec les corps
habillés photographiés par en
dessous (les CDD, 1996), le corps qui surgit enfin dans les photographies
de ces visages d’enfants auréolés de tissu coloré
avec la série intitulée Regards (2001) et Territoires (2002).
Cette dernière fait immédiatement suite à l’ensemble
des Masques (2000), ces étranges objets pleins d’humanité
qui vous regardent et dont on sait qu’ils ont été
réalisés à partir de pantalons photographiés
“en perspective”.
Deux mille deux aussi…, 2001, 200 x 152 cm
photographie
couleur, © ADAGP
Les Vêtements
Démesurément agrandis, ces vêtements disposés
de manière plus ou moins aléatoire sur des chaises ou des
corps jusqu’à les recouvrir sont en réalité
des architectures, des enveloppes, des cabanes et même des sculptures
: “Ici, les vêtements sont déshabités, mais
formellement architecturés. La forme qui en résulte, assez
incertaine, est suggestive d’une possible architecture, d’une
architecture utopique.(...). Une architecture dans laquelle, par la monumentalité
de l’image, on pourrait rentrer.”

Masque n° 2, 1998, ed. 1/5, 101 x 141 cm
photographie
couleur c-print, collée sur plexiglass, dibond et chassis, ©
ADAGP
Les Masques
A l’origine de nombre de photographies de Patrick Tosani, il y a
une opération de
réification manifeste. Les étranges masques qui nous regardent
et qui sont tous
individualisés au point que l’on pourrait presque parler
de portrait, ont été réalisés à partir
de pantalons. Chaque masque devient : “une sorte de tête dont
la ceinture serait le contour ; l’entrejambe, le nez ; et les deux
jambes, les yeux.”

Territoire
IV, 2002, ed. 1/5, 112 x 150 cm
photographie couleur c-print, plastification mate, marouflée sur
aluminium, chassis bois, © ADAGP
Les Regards
Cette série a été réalisée en partenariat
avec le musée Niépce d’abord avec des enfants de l’école
des Charreaux de Châlon-sur-Saône (Regards) puis avec des
enfants palestiniens scolarisés à Damas dans l’école
de l’UNWRA (Territoires). Pour la première fois, les objets
humanisés de Tosani sont remplacés par de vrais visages
toutefois encadrés d’une sorte de chrysalide colorée
et lumineuse. “ Mon objectif est de mettre en évidence une
situation de mélange entre le corps et le vêtement par le
phénomène de la couleur. Cette enveloppe autour du visage
délimite aussi une sorte de territoire intérieur exploré
par le modèle. (...) Cette question du regard serait une façon
de transpercer l’apparence des visages, des corps, des objets.”
Les Chaussures de lait II, 2002, 92 x 122 cm
Photographie
couleur, © ADAGP
Les Chaussures de lait
Avec la série des chaussures de lait montrée dans son intégralité
à l’occasion de cette exposition, Patrick Tosani achève
d’explorer les possibilités du vêtement comme corps
ou enveloppe : “ le corps y est absent et pourtant incarné
par le lait, qui envahit la forme et déborde dans l’environnement.”
L’exposition Au devant des images témoigne de l’intérêt
jamais démenti du Frac pour le travail de Patrick Tosani, artiste
invité lors des Premiers Ateliers Internationaux à Fontevraud
en 1985 et désormais présent de manière significative
dans la collection.
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