CHASSÉ LE NATUREL
Œuvres de la collection du Frac des Pays de la Loire
Stefano Arienti, Mircea Cantor, Arnaud Claas, Jean Clareboudt, Johan
Creten, Gregory Crewdson Simone Decker, Marie Denis, Hubert Duprat,
Hreinn Fridfinnsson, Paul-Armand Gette, Carsten Höller Oleg Kulik,
John Murphy, Patrick Neu, Gabriel Orozco Philippe Oudard, Gina Pane,
Yan Pei-Ming, Abraham Poincheval et Laurent Tixador, Éric Poitevin,
Adrian Schiess,
Kiki
Smith, Patrick Tosani, Xavier Veilhan
_exposition du 22.03 au 18.05.2008
Écomusée du Marais breton vendéen, Le Daviaud_LA
BARRE-DE-MONTS (85)
T 02 51 93 84 84
info@ecomusee-ledaviaud.com
ouvert du mardi au samedi de 14h à 18h, dimanche de 15h à
18h ; à partir du 1er mai, tous les jours de 10h à 19h,
dimanche et jours fériés de 14h à 19h
Musée Charles Milcendeau/Jean Yole Passio_SOULLANS
(85)
T 02 51 35 03 84
ouvert du mardi au samedi de 14h à 18h, dimanche de 15h à
18h ; à partir du 1er mai, tous les jours de 10h à 12h
et de 14h à 18h, dimanche de 15h à 19h
|
Dans
le cadre de la convention signée entre le Frac
des Pays de la Loire, la Communauté de Communes Océan-Marais
de Monts et la Commune de Saint-Jean-de-Monts en décembre
2007, une première exposition d’œuvres de la collection
du Frac est présentée à l’Écomusée
du Marais breton vendéen – Le Daviaud à La-Barre-de-Monts
et au Musée Charles Milcendeau à Soullans.
A l’issue de l’exposition, l’œuvre de Stefano Arienti
installée dans le patio du Musée Charles Milcendeau restera
en dépôt. Cette œuvre interroge le rapport nature /
culture mais aussi la problématique de la trace, de la mémoire
et de l’oubli.
Le cadre exceptionnel dans lequel se trouvent ces deux musées a
inévitablement inspiré cette double exposition. À
travers un vaste ensemble d'oeuvres, Chassé le naturel
questionne l'idée de nature et ses représentations par les
artistes. Affranchis du carcan de la mimesis, du postulat que l’art
est imitation de la nature, les artistes contemporains n’ont pas
pour autant abandonné ce champ d'investigation et d’expérimentation.
Loin de délaisser ce topique éminemment classique, ils usent
des techniques les plus variées pour nous livrer tour à
tour une nature paisible ou indomptable, domestiquée, voire même
recomposée, et finalement interroger sa mise en représentation.
La diversité des supports et des techniques dans l’art contemporain
a permis aux artistes de se confronter au plus près à l’idée
de nature, que son étude soit la base d’un travail plastique,
qu’elle soit le cadre essentiel de leur activité artistique
ou qu’ils utilisent tous les moyens mis à leur disposition
pour la représenter.
Questionnement de la nature
Les actions de Gina Pane en milieu naturel, si elles sont une réflexion
sur notre présence au monde, expriment une communion, une sorte
de retour de l’artiste vers un état de liberté qui
passerait par une harmonie cosmique. Envisageant la nature «comme
une force poétique, comme un lieu de mémoire et d’énergies »,
Gina pane développe dans ses actions une relation privilégiée
aux éléments ; au même titre que le corps de
l’artiste, le ciel, la terre, le soleil ou les pierres participent
de l’œuvre.
Cette intimité avec la nature, on peut la retrouver chez Paul-Armand
Gette, qui semble ne rien avoir sacrifié de son regard d’entomologiste.
L’analyse topographique exhaustive des environnements qu’il
arpente, la collecte et l’inventaire des différentes composantes
d’un milieu permettent à l’ancien scientifique d’en
mettre à jour le verbe, le langage intrinsèque.
Le travail de Jean Clareboudt — promeneur solitaire, artiste-voyageur
des villes et des grands espaces — repose également
sur une connaissance approfondie des territoires parcourus. Élaborés
avec des matériaux prélevés dans l’environnement,
ses « objets », comme les sculptures que l’artiste
fabriquait avec les « matériaux trouvés »,
manifestent les tensions, les rapports de force et d’équilibre
qui les traversent.
C’est aussi de l’observation minutieuse des mécanismes
de la faune et de la flore que découlent les sculptures de Marie
Denis ou d’Hubert Duprat. La connaissance de ces règles leur
permettent d’engendrer des artefacts paradoxalement naturels. Une
légère intervention, un déplacement suffisent alors
pour que l’œuvre de la nature devienne œuvre d’art.
La capacité à capter l’infime et le fugace fait de
la photographie l’outil plébiscité par les artistes
qui tentent de retranscrire le langage de la nature, d’en souligner
la poétique. Les Paysages minutieux d’Arnaud Claas, mais
également les instants saisis par l’objectif de Gabriel Orozco
relèvent de cette intention. Paradoxalement le vérisme attaché
aux représentations photographiques en font aussi un médium
privilégié pour sa capacité à produire l'illusion
du naturel. C'est ainsi que Patrick Tosani se joue d'une nature domestiquée
et recomposée , soumettant à notre regard dupé une
nature artificielle plus vraie que nature.
Nature du questionnement
Mais est-ce bien de la nature que nous parlent certaines des œuvres
présentées ici ? En se saisissant de ce sujet exploré
comme nul autre, les artistes d’aujourd’hui se servent parfois
de la nature comme base de réflexion, voire comme prétexte
pour aborder d’autres questionnements. Éric Poitevin, à
travers ses paysages comme avec la série des chevreuils, plus que
du sujet, nous entretient avant tout du point de vue et du temps, c’est-à-dire
de l’acte photographique. Suivant une démarche analogue,
c’est d'abord sur la peinture que Yan Pei Ming veut attirer notre
attention. En choisissant une figure classique de la représentation
artistique, le paysage, en le réduisant à ses traits les
plus communs, l'artiste détourne le spectateur du sujet pour mieux
attirer son regard vers le geste pictural. De même, c’est
l’acte photographique qui se révèle derrière
les jeux de réflexion que met en scène Philippe Oudard.
Au-delà du médium et des pratiques plasticiennes, derrière
le principe même de la représentation, c’est l’action
de l’homme qui est interrogée. Ainsi chez Mircea Cantor c’est
avant tout le regardeur que l’œuvre convoque. Sa vidéo,
Deeparture joue de cette fascination du spectateur pour une sauvagerie
de plus en plus rare dans nos sociétés domestiquées,
pour finalement frustrer son attente. En transposant une scène
de pure animalité dans le cadre artificiel d’une galerie
d’art, Mircea Cantor rend prégnante l’intervention
humaine sur la nature et ses lois pour mieux en suggérer les conséquences
potentiellement catastrophiques.
Une même ambiguïté préside aux créations
d'Oleg Kulik. La série de photographies présentée
ici confronte les différents membres de « sa »
famille avec des animaux dans leur biotope de prédilection. De
ces différents portraits de l’homme moderne remis à
l’ « état de nature », se dégage
un sentiment d’équilibre, comme si soudain une trêve
était venue suspendre les rapports conflictuels sous-jacents entre
l’homme et la nature. Pourtant ces tableaux « naturels »
—nudité, proximité et harmonie avec la faune et la
flore — nous apparaissent comme sur-joués, marqués
par un caractère d'artificialité troublant. Avec cette série
c’est la place de l’homme dans le monde, les relations entre
nature et culture, et finalement notre anthropomorphisme que Kulik interroge
par ses différents travaux.
Ce même sentiment d'inquiétante étrangeté parcourt
les tableaux photographiques que Grégory Crewdson compose de manière
totalement artificielle, puisant des éléments dans le répertoire
naturel pour finalement évoquer dans une métaphore à
peine voilée la condition de l'homme moderne. Anthropomorphisme,
quand tu nous tiens ! |