Le
Frac est à vous (5)
Sur le bout de la langue
avec la collaboration de Béatrice Dacher
Œuvres de la collection du Frac des Pays de la Loire
Gérard Collin-Thiébaut, Jordi Colomer, Wim Delvoye
Jean Fléaca, Hamish Fulton, Michel Gerson, Philippe Jacq
Suzanne Lafont, Yvan Le Bozec, Thierry Le Moign, Thomas Locher Timothy
Mason, Laurent Moriceau, Johan Muyle, Antoinette Ohannessian, Bill Owens,
Peter Saul, Didier Trenet
_exposition du 11.01 au 17.02.2008
_vernissage le jeudi 10.01.2008
à 18h30
_présentation de l'exposition (ouverte à tous) : le mercredi
16.01.2008 à 16h
_visites commentées par les volontaires : le samedi 19.01
et le samedi 2.02.2008 de 15h à
16h
_horaires d'ouverture : samedi et dimanche de 15h à
19h
_ scolaires
et groupes du mardi au vendredi sur rendez-vous
_entrée libre
Centre Culturel Joël Le Theule, Scène conventionnée
Salon Bruno Behlau
16, rue Saint-Denis_ SABLÉ-SUR-SARTHE (72)
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Depuis
2003, une expérience unique est proposée par le Centre culturel
Joël Le Theule à Sablé-sur-Sarthe et le Fonds régional
d’art contemporain des Pays de la Loire à un groupe de volontaires
saboliens : rencontrer un artiste et bâtir avec lui une exposition
à partir de la collection du Frac. Pendant quelques mois au fil
des rendez-vous, le projet se dessine.
Cette année, c’est Béatrice Dacher qui a été
invitée à participer à cette cinquième édition
du Frac est à vous. Pour le groupe constitué, tout a commencé
par la découverte du travail de l’artiste. Première
présentation, premiers échanges pour apprendre à
se connaître et à se comprendre. Un axe de travail est alors
défini, l’artiste propose au groupe d’établir
une sélection d’œuvres sur la question du langage. Par
ce choix, elle conduit les volontaires vers une direction qu’elle
connaît bien.
Béatrice Dacher place la rencontre et la relation à l’autre
(proche ou inconnu) au cœur de sa pratique. Dans ses premières
interventions qui se situent dans le champs de la peinture, l’artiste
s’interroge sur la place qu’occupe cette peinture dans notre
univers quotidien. Dans La Maison où j’ai grandi (œuvre
composée de onze huiles sur toile et d’une photographie appartenant
au Frac des Pays de la Loire), le motif représenté dans
les différents panneaux reprend celui de la tapisserie du couloir
de son appartement. Un même motif répété sans
fin qui constitue ce « décor » familier qu’elle
déplace en dehors de son contexte avec ce qu’il comporte
de mémoire, de souvenirs de moments vécus, partagés
en famille. Cette mémoire de la trace du temps qui passe se perçoit
en filigrane de ses premières œuvres aux plus récentes.
Le temps du « faire » est aussi perceptible dans ses différentes
pièces peintes ou brodéescomme dans ce projet intitulé
Les Habitants qu’elle réalise en 2005 dans trois
communes bretonnes, et qui aboutira à la réalisation de
trois immenses draps brodés par des habitantes de ces villages.
Inscrits sur le tissu, les noms des résidents de ces trois communes
qui ont souhaité s’inscrire dans ce projet. Lors de séances
de broderies organisées par Béatrice Dacher – séances
ponctuées d’échanges entre ces brodeuses réunies
pour participer à cette aventure – les noms de chacun ont
été lentement déposés pour construire la mémoire
de différentes générations.
Les mots encore et toujours, ceux de son père (Lettre,
1980) au travers de cette lettre testamentaire écrite en 1980 que
l’artiste a fait broder en 2001. Mots de proches qui portent en
eux la trace d’une histoire personnelle mais dans laquelle chacun
de nous se retrouve. Plus récemment, Béatrice Dacher propose
pour une école T’entends les oiseaux ? où les mots
évoquent ici un autre langage, celui des volatiles. Peints sur
céramique, ces mots mystérieux n’ont de sens que le
son qu’ils produisent, que les chants qu’ils évoquent.
C’est le site de l’école qui a décidé
Béatrice Dacher à s’arrêter pour écouter
le bruissement de La Petite Amazonie, réserve d’oiseaux
située à proximité. Comme toujours chez cette artiste,
le proche amène vers le lointain, le voyage.
Après cette première rencontre entre le groupe de saboliens
et Béatrice Dacher au cours de laquelle tous ont pu approcher son
univers artistique, le groupe s’est mis au travail pour établir
une sélection d’œuvres en lien avec la question du langage.
Il a fallu d’abord se plonger dans la vaste collection du Frac pour
opérer un premier choix. Échanges, débats, discussions
ont conduit à établir la proposition actuelle où
chacun a ainsi pu défendre ses propositions et les faire coexister
avec celles des autres.
Après quelques séances à Sablé, l’étape
suivante s’est tenue à Carquefou. Après une visite
du Frac, de ses expositions et de ses réserves, tout le monde s’est
réuni pour fixer une liste définitive et se poser différentes
questions. Comment mettre en espace des œuvres, les faire entrer
en résonance, les faire coexister ? Comment proposer un parcours
cohérent ? Au fil des interrogations, l’exposition a émergé.
Salle par salle, la scénographie a privilégié des
groupes d’œuvres qui entraient en dialogue sur des questions
telles que le rapport aux objets, au quotidien, au territoire... Le plan
d’exposition a ainsi été établi.
Pour poursuivre ces échanges, Béatrice Dacher a ensuite
proposé un repas. Depuis 2002, l’artiste a mis en place un
protocole dont l’heureuse issue est justement un plat à partager
avec quelques convives. Une carte postale envoyée par des proches
donne le départ du projet. Sur ces cartes qu’elle collectionne,
une recette est donnée. Elle sera réalisée entre
amis et une photographie témoin sera imprimée sur un set
de table. Pour cette cinquième édition du Frac est à
vous, tous les participants ont suivi le protocole de Béatrice
Dacher et dégusté des rillettes du Mans et un rougail saucisses
lors d’un repas dont une photo (celle choisie pour le carton) témoigne
de l’aventure humaine au cœur de ce projet.
SUR LE BOUT DE LA LANGUE
Tout commence par l’entrée avec Antoinette Ohanessian
et son assemblage sur lequel on peut lire Quand on met des choses
ensemble elles sont réunies. Ces quelques mots illustrent
parfaitement ce projet, où les œuvres ont trouvé leur
cohérence dans le rapprochement et les sens qui émergent
de leur rencontre avec d’autres. Cet assemblage d’éléments
disparates trouve un écho poétique au travers de la construction
poétique de Johan Muyle, Eh bien dansez maintenant
réalisée avec quelques objets glanés ici et là,
et que l’artiste accumule dans son atelier. Comme une invitation
à parcourir l’exposition d’un pas léger.
Après cette entrée en chanson, on retrouve chez Suzanne
Lafont avec Le Bruit, la question du son qui pour être
absent de l’œuvre n’est pas moins visible sur les visages
des personnes photographiées. La théâtralité
de cet ensemble trouve ici au côté de l’œuvre
de Michel Gerson qui rejoue Céphale et
Procris de Jean-Honoré Fragonard, une résonance
singulière. La même emphase dans le jeu des modèles
de Suzanne Lafont et Michel Gerson, qui conduisent à
la passion que l’on peut lire sur les corps nus photographiés
par Thierry Le Moign, où le corps devient support
de l’écriture. Lettres encore sur ce divan d’Yvan
Le Bozec qui renvoie aux jeux galants et à l’histoire
de Céphale et Procris.
Le parcours se poursuit avec La Lettre diffuse de Laurent
Moriceau, projet qui transcende le rendez-vous amoureux par la
mise en place d’un jeu (à l’intéressée
de parvenir à entendre la date de la rencontre qui sera déterminée
par un concours de blagues). C’est aussi du cours des choses, de
cette non séparation entre art et vie, avec les dessins de
Jean Fléaca et leur force poétique qui décryptent
le quotidien et la banalité des situations de tous les jours comme
dans Tous les trains arrivent. C’est encore le dessin comme
exercice régulier rythmant les journées de Didier
Trenet, dans ces photocopies de cahiers qui apparaissent sous
forme d’esquisses. Elles rassemblent des petits textes, des titres
et des mises en forme, sortes d’éléments préparatoires
à ses projet. Les mots encore et toujours dans ses cartographies
imaginaires de Wim Delvoye dans lesquelles apparaissent
contours et noms de pays inventés. Au côté de cette
bâche qui renvoie chacun sur les bancs de l’école,
la grammaire de Thomas Locher nous ramène à
un apprentissage de la langue un peu « autoritaire ». Un voyage
qui se prolonge avec Hamish Fulton dans The Heron
Stands and Waits photographie témoin d’une traversée
du territoire français par l’artiste
en 1989.
Un versant plus sociologique est proposé enfin par trois artistes
américains qui nous livrent leur vision d’un pays, de l’émergence
de la société de consommation (Bill Owens)
et sa pleine expansion (Timothy Mason), jusqu’à
l’évocation de ses méfaits et des laissés-pour-compte
(Peter Saul). La vidéoprojection de Jordi
Colomer clôt le parcours de cette exposition. Avec
Arabian Stars, l’artiste déplace les codes culturels
de notre société occidentale. Cette culture imposée
à tous semble déplacée dans ce désert où
les mots ont perdu leur sens dans la traduction.
Enfin, comme un prolongement dans le centre culturel, l’œuvre
sonore de Gérard Collin-Thiébaut, La
Famille sans nom, est installée en dehors du parcours d’exposition.
Comme une invitation faite à tous ceux qui entendront cette énumération
de titres d’œuvres connues ou non, à venir découvrir
celles présentées dans le cadre du Frac est à vous.
Pour la diffusion de sa collection sur le département, le Frac
des Pays de la Loire reçoit le soutien du Conseil Général
de la Sarthe.
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