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Dans
le cadre des Instantanés présentés dans la salle
Mario Toran, le Fonds régional d’art contemporain des Pays
de la Loire invite l’artiste Vincent Mauger du 30 avril au 22 juin
2008.
«Mon
travail porte sur la représentation sculpturale d’un souvenir
ou d’une perception mentale d’un espace ou d’un objet.
Je souhaite établir une sorte de concurrence entre l’objet
réel et une tentative de matérialisation d’une perception
personnelle associée à celui-ci.» Vincent Mauger
Les
œuvres de Vincent Mauger développent des logiques paradoxales.
Etudes liées à l’espace, au volume, à l’architecture,
elles s’incarnent en installations in situ, objets-sculptures autonomes,
déploiements graphiques ou projections vidéo. Elles ont
toutes en commun cette capacité à osciller entre plusieurs
référents, entre plusieurs problématiques de représentation.
L’un des enjeux de ce travail se situerait précisément
entre matérialisation et dématérialisation de l’objet.
Lorsque Vincent Mauger recouvre d’une croûte de sel deux jouets
métalliques, il cherche à forcer ainsi l’apparition
de leur structure. Des tâches d’oxydation imprègnent
la surface du dispositif, elles manifestent l’objet et organisent
métaphoriquement son évasion, la révélation
de ses lois internes. Paradoxalement, elles sont la marque même
de sa disparition.
Plus récemment, Vincent Mauger propose des va-et-vient constants
entre construction volumineuse (plaisir d’exploration du matériau,
défi du chantier parfois monumental) et légèreté
virtuelle. Dans les effusions numériques de notre ère contemporaine,
il réintroduit du jeu, couplant une dimension plus primitive, un
imaginaire plus artisanal à la sophistication des logiciels 3D.
L’installation Sans titre 2007, présentée
en 2008 à la galerie LH, confirme ce pouvoir d’hybridation
: des lignes souples sculptent la surface alvéolaire de tubes PVC
assemblés verticalement, et cet ensemble convoque instantanément
son double modélisé, sa représentation virtuelle.
Le système de construction (basé sur la multiplication,
le foisonnement) permet de poursuivre mentalement la pièce, d’en
imaginer les prolongements bien au-delà du lieu d’exposition,
dans une dynamique de l’expansion et de l’envahissement.
Ce mouvement entre objet fait-main et forme conçue par ordinateur
se retrouve dans les dessins de l’artiste : «Dans tous mes
travaux graphiques, je travaille à créer un trouble entre
l’utilisation des techniques numériques et des techniques
traditionnelles. Mon objectif n’est pas la surenchère technique
rendue possible par l’utilisation d’outils informatiques.
Il consiste à construire un rapport critique vis-à-vis de
ces outils, à entretenir cette distance dans le malaise créé
par la difficulté à les distinguer. En effet ces deux univers
se confondent, s’ajoutent ou se superposent dans chacune de ces
productions.» Cela donne, dans la série des dessins Sans
titre 2006, des griffonnages sur papier d’une texture proche
du coloriage, des esquisses veloutées, des étendues de paysage
fragiles qui cependant sont trop parfaites. Car les accidents, tremblements
et autres irrégularités sont ici subtilement retramés
par l’outil numérique, qui analyse la ligne sans pour autant
la déshumaniser. Et l’on devine l’artiste amusé
par ces équilibres étranges, ces jeux de «facettage»
du réel qui savent abstraire et incarner dans un même mouvement.
Certaines installations s’affranchissent davantage de la référence
aux logiciels de vectorisation. Les images qu’elles font surgir
demeurent indécises : à l’exemple de ce paysage de
papier où le relief montagneux rejoint la surface de la mer, fragmentée
à l’infini (Sans titre 2006, installation in situ
à la Chapelle du Bélian, où Vincent Mauger emplit
l’espace de feuilles A3 froissées en boule) ; ou encore ces
machines rétro-futuristes improbables pour voyages à démonter
le temps et accélérer l’espace (Gravity is dead,
où un escalier hélicoïdal s’enchasse tautologiquement
dans un dispositif complexe de rotation ; Hardrocking chair extreme,
où une chaise à bascule mutante peut effectuer une révolution
à 360°).
Bouleversant souvent les échelles et les usages, les objets-sculptures
de Vincent Mauger tracent ainsi dans leur sillage des pistes d’interprétations
multiples. Autant d’espaces, mentalement habitables, offerts au
visiteur comme des rêves en suspens.
Texte :
Eva Prouteau
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