Pascal Bircher
né en 1972 en Angleterre, vit aujourd’hui à Paris.
Il utilise des médiums aussi variés que la sculpture, la
peinture, la photographie, l’installation, la performance ou encore
l’image en mouvement. Pour l’exposition Super, il rend compte
de la diversité de sa démarche en proposant plusieurs pièces
disséminées dans l’espace d’exposition. Pièce
hyperréaliste, But you get up again (Mais tu te relèves)
revisite le genre très ancien qu’est l’autoportrait
dans une proposition à l’impact visuel direct, entre effroi
et fascination. L’installation Retrospective forecast (Prévision
rétrospective) opère le condensé fulgurant d’une
époque (1980-2000) autour du motif du crâne, et s’autorise
une relecture ludique de l’histoire de la Vanité. Réactivant
la technique employée par Andy Warhol pour ses boîtes Brillo
(contreplaqué, acrylique et sérigraphie), Tearbox
(Larme artificielle) est la réplique d’une boîte de
larmes articifielles agrandie à la taille de l’artiste, qui
via l’autofiction interroge le factice et le simulacre. Parfois,
tout est à la surface joue de registres contradictoires : la puissance
désuète du godet de pelleteuse rencontre la fragilité
du reflet narcissique dans une œuvre qui affronte courageusement
la problématique du readymade aujourd’hui. Enfin, l’installation
minimale Roundabout (Rond-point) met en boucle une phrase de
Martin Heidegger et suggère au spectateur une perte de repères
spaciaux autant que philosophiques.
L’ensemble renvoie à une forme d’autofiction, où
l’emprunt, la citation, le collage, le cut-up amorcent des
micro-récits feuilletés à reconstituer.
Jan Christensen
né en 1977 à Copenhague, pratique la peinture, la sculpture,
l’installation, et poursuit également une activité
curatoriale. Ses projets, souvent envisagés in situ, se déploient
monumentalement dans l’espace. Pour le Frac, il propose un immense
wall painting méticuleusement pensé et conçu sur
ordinateur avant d’être réalisé sur place. Techniquement,
il dessine parfois au cutter pour un rendu hard edge parfait, ou au contraire
accentue la visibilité du geste pictural. Puisant dans un spectre
très large de références visuelles, son travail convoque
l’esthétique expressionniste un peu agressive inspirée
des graffiti, le dessin d’architecture, le graphisme industriel,
et les éléments intimes que sont les croquis préparatoires
ou les prises de notes aux allures brouillonnes. L’œuvre est
plutôt narrative dans son mode de composition et recycle tout :
l’architecture du lieu, le paysage, les évènements
contextuels, les propositions des différents artistes invités
et l’univers personnel de Jan Christensen. Un énorme mix
qui se décline dans une gamme de couleurs vives aux accents pop
pour un impact visuel spectaculaire. L’ensemble s’intitule
Everybody thinks it means too much (Tout le monde y voit trop
de choses), allusion amusée au caractère foisonnant de cette
réalisation, autant qu’à la propension du spectateur
à surévaluer le sens de l’œuvre artistique.
François Curlet
né à Paris en 1967, vit à Château-Gontier (Bazouges),
après une vie en Belgique. François Curlet produit des œuvres
qui reposent sur le principe d’incrustation ou de commutation. Des
éléments d’objets, ou de langage, sont isolés
puis rassemblés de façon à produire du sens, à
interroger une situation, ou à dévoiler un aspect inaperçu
du réel. Par les rapprochements improbables, les changements d’échelles
et les collusions de matières, les pièces de François
Curlet procèdent à des glissements de sens, à des
dérapages sémantiques, dans un propos souvent surréalisant,
frontal et drôle. Il conçoit à l’occasion des
XIXe Ateliers Internationaux un projet de résidence délocalisée
intitulée Résidence à domicile. Installant littéralement
le déplacement au centre de l’espace d’exposition en
la présence d’une embarcation, François Curlet nous
livre quelques clefs pour s’orienter - ou se désorienter
- au gré des méandres de sa pensée dans le texte
suivant, intitulé L’Angelus de Funès :
“A l’heure de l’Angelus de Millet, Dali régla
sa montre sur une interprétation paranoïaque : aux pieds du
couple de paysans se trouve un cercueil recouvert par Millet après
coup. Vérification fut faite aux rayons X et Salvador avait vu
juste. L’objet flottant qu’est la barque est un véhicule-cercueil
pour vivant avec son reflet dans l’eau qui évoque la présence
de celui-ci sous la peinture. Un outil qui est également un objet
de mort potentiel avec la pratique de la pêche. Louis de Funès,
quant à lui, vivait dans la région de Nantes, non loin du
Frac des Pays de la Loire, amateur de pêche et transbahutant une
barque sur le toit d’une D.S à l’occasion du film Les
Aventures de rabbi Jacob.
En résidence d’artiste invité par le Frac des Pays
de la Loire, habitant depuis peu dans cette région et ayant à
l’instar du Frac un parc, je proposais une résidence à
domicile avec en témoin un panneau résidentiel muni du logo
du Frac planté dans le parc du domicile le temps du séjour.
Ce panneau est réinstallé dans le parc du Frac avec, également,
une image souvenir du panneau dans la salle d’exposition. Entre
les deux, un GPS confirmera la localisation de ces deux preuves. Pendant
la durée de la résidence à domicile, ce temps défini
amènera une barque produite à l’occasion et installée
au final dans l’exposition de groupe des résidents comme
témoignage du temps privé. Une cascade miniature d’analogies
est née de cette invitation...”
H.H. Lim
est né en Malaisie en 1954. Diplômé de l’Académie
des beaux-arts de Rome, il vit dans la capitale italienne depuis plus
de 20 ans. Son travail accueille toutes les données communicationnelles
qui touchent l’artiste, qu’elles proviennent des journaux,
de la télévision, de la radio ou des rencontres qui jalonnent
son itinéraire international. Depuis cinq années, le langage
des signes est un élément central de son univers. “Mes
fusions mots-images contiennent toutes les informations de l’histoire
humaine, et j’aime leur fulgurance : en une seule image, il y a
tout”, dit-il. Pour l’exposition, H.H.Lim a puisé dans
le contexte de sa vie en résidence à Carquefou. Sur toute
la longueur d’un mur, il dessine les nombreuses personnes croisées
sur place ainsi que sa propre image démultipliée. Chaque
figure émet un signe qui représente un mot, et incarne par
là même cette fusion entre mots et images. Selon H.H. Lim,
l’action et le mouvement sont au coeur de la pratique du dessin.
C’est la raison pour laquelle l’artiste aime fréquemment
relier la performance au wall drawing. Au Frac, il propose une vidéo
qui témoigne d’une performance réalisée en
1999, intitulée Almost 66 kg of wisdom (Presque 66 kg
de sagesse) : l’artiste, en équilibre sur un ballon, interroge
avec un brin d’humour sa capacité à éviter
la chute, et délivre une action dont tout le monde peut s’emparer,
au-delà des barrières.
Nicolas Moulin
né à Paris en 1970, vit entre Paris et Berlin, où
il produit des installations, de la vidéo, des photographies et
du son. Il s’attache à fabriquer des fictions sans narration
inspirées de la littérature et du cinéma d’anticipation.
Archiviste, arpenteur de l’urbain et du non-urbain, spationaute,
Nicolas Moulin semble élaborer une cartographie implicite de l’humain
en devenir. L’ensemble de son travail met les spectateurs à
l’épreuve de glissements spatio-temporels.
A l’extérieur du Frac, il installe une sculpture verticale
acérée, réappropriation d’un symbole de la
modernité mise en scène dans Rollerball, film culte
de la SF tourné en 1975 par Norman Jewison. En dialogue tendu avec
le paysage, l’œuvre ouvre une brèche de fiction dans
la réalité, et renvoie en filigrane le spectateur à
l’environnement urbain de Carquefou. A l’intérieur
de l’espace d’exposition, Nicolas Moulin place une photographie
au contenu elliptique : deux personnes vues de dos visent une cible improbable,
vision également issue de Rollerball. Autre inclusion des projections
d’un futur à l’intérieur d’un présent,
autre approche de la fiction, l’image dégage une atmosphère
étrange de décadence infinie et interroge l’actualité
sur un mode quasi-romantique. Un vertige confirmé par la boucle
sonore réalisée par l’artiste : une voix subliminale
et métallique traverse l’espace d’exposition pour nous
rappeler que la vie est magnifique.
Kristina Solomoukha
est née en Ukraine en 1971 et vit aujourd’hui à Paris.
Elle développe depuis plusieurs années un travail très
urbanistique, où la ville et l’espace urbain ne forment pas
une thématique, plutôt un médium. Revenant d’une
résidence à Sao Paulo, l’artiste propose une réflexion
photographique et filmique sur cette ville impensable, qui évoque
les écrits de Rem Koolhaas dans La Ville Générique.
Pour l’exposition, Kristina Solomoukha présente une vidéo
intitulée City of continuous present (Ville du présent
permanent) : prises d’un hélicoptère survolant Sao
Paulo, les images interrogent l’identité spatiale et temporelle
de lieux tels que les échangeurs autoroutiers, les bretelles, les
gares, les aéroports, et propose l’expérience d’une
perte de repères. Autre projet réalisé pour le Frac
: l’installation Shedding identity (Identité permutable),
composée de caissons lumineux disposés au sol, à
la manière d’une maquette de ville. Sur certains caissons,
deux films photographiques contrecollés tissent des liens formels
et thématiques entre architecture et publicité, bâtiments
et identité urbaine, rapports extérieur et intérieur.
L’ensemble amorce une lecture critique de l’environnement
rencontré à Sao Paulo, et de l’idéologie qui
le compose.
Kristina Solomoukha propose enfin un éclairage inattendu venant
de l’écriture : l’artiste a commandé à
l’auteur Vincent Labaume une fiction qui lierait Sao Paulo et Carquefou,
une oeuvre en lisière de l’oeuvre, porteuse programmatique
d’un grand écart spatio-temporel.
TTrioreau (Hervé Trioreau)
né en 1974, vit à Paris. Agissant sur la structure même
de l’espace construit, les propositions de TTrioreau mettent en
place des déplacements qui perturbent notre perception et désignent
de façon politique le caractère normatif de l’architecture.
Pour le Frac des Pays de la Loire, il réalise une maquette de la
salle d’exposition en plexiglas miroir. Représentation en
même temps que reflet de l’espace de monstration, jeu sur
les rapports extériorité-intériorité, cet
objet intègre également, en les reflétant, les œuvres
des autres artistes invités et sème le trouble. En effet,
TTrioreau place à l’intérieur de cette maquette une
fausse cloison en inox miroir positionnée légèrement
de biais, projet qu’il envisageait initialement de produire à
l’échelle de l’espace réel. Il casse ainsi l’espace
parallélépipèdique, le cube blanc, de la salle d’exposition,
et déstabilise le regard. Par ailleurs, en clin d’oeil à
la résidence, TTrioreau reprend de manière homothétique
cette cloison et la transforme en lame de rasoir à double-tranchant.
Cet objet, produit en série de sept multiples, renvoie à
la notion de découpage de l’architecture ainsi que, plus
malicieusement, au nombre d’artistes invités.
Enfin, TTrioreau choisit de souligner de néons les fissures du
vitrage du Frac. Nées de l’affaissement du bâtiment
et de la tension du béton sur le verre, ces marques témoignent
de l’histoire structurelle du lieu.
Cet ensemble de propositions, discret hommage à Gordon Matta-Clark,
rend compte avec cohérence de la spécificité de la
démarche de l’artiste. TTrioreau renouvelle le point de vue
sur un espace en tranchant, en fragmentant l’architecture et sait
rendre visible les symptômes enfouis d’une architecture en
mouvement.